Haïku beau comme…

Lumière dorée sur la falaise,
Le rideau se lève;
Lenteur du camion jaune.


Wok improvisé aux pois gourmands

Besoin ou nostalgie, les petits plats impromptus du soir prennent des parfums d’Asie au plaisir d’orchestration spontanée, à partir du petit peuple du jardin, du frigo, du placard…
Ce soir, Galant homme était en train de laver la dernière, modeste, récolte de pois gourmands du jardin, et  projetait de les ajouter au chou chinois qui patientait au frais depuis quelque temps.
Petit tour des réserves, et  valse des fourneaux :

Une grosse poignée de pois gourmands équeutés et lavés, cuits 5 minutes à l’eau frémissante, puis plongés dans l’eau froide pour arrêter la cuisson (ne pas couvrir pour garder le beau vert vif, saler l’eau)
Trois échalottes émincées, revenues dans un peu d’huile quelques minutes
Un petit morceau de gingembre pelé, haché et ajouté dans la sauteuse ou le wok
Un demi chou chinois détaillé en lanières et ajouté aux échalottes (ne pas couvrir)
Deux carottes en lanières très fines (détailler des rubans à l’économe, puis retailler verticalement) ajoutées au chou
Déglacer au shoyu (sauce soja)
Dessaler soigneusement une poignée de haricots de la mer, égoutter  les couper grossièrement, les ajouter, ainsi que les pois mangetout.
Servir saupoudré de rondelles d’oignon frais (vert et blanc), d’un filet d’huile de sésame, de graines de sésame grillé à sec.
Pour les becs salés, ajouter quelques gouttes de nuoc mam  pur phu coq, ou de shoyu.
Servir avec du riz noir gluant (vu l’improvisation j’ai zappé le trempage en recouvrant le riz d’eau froide et en faisant bouillir jusqu’à absorption presque complète, avant de cuire à la vapeur une demi heure.)

Et le reste de riz, je compte le griller demain à l’huile d’olive et le servir avec le premier pesto de la saison concocté hier par Galant homme !


À chaque virage

Pour descendre de ma colline, cinq chemins, pas moins. L’un d’eux, les Grands tournants, ma petite montée de l’Alpe à moi.

Et en cette saison, à chaque virage, une floraison: violettes, primevères, pervenches bleues, anémones des bois, pulmonaires. Chacune à son étage, tapissant le talus.

Palette de peintre vivante, éphémère.


Lectures-fatras

L’envie qui est là, le temps qui n’y est pas, et qui file toujours…

Mais aussi dans un coin de l’esprit, bien présente malgré les mois qui s’accumulent, la requête de ma Cousine Animée, avide de partages littéraires.

Alors voilà, en vrac, partielles et partiales, quelques notes pour mémoire et pour inspiration… J’abandonne mon application ancienne à accompagner chaque commentaire de l’illustration de couverture et du résumé éditeur, en tout cas pour cette fois particulièrement anglosaxone…

***

Le dernier lu: Américan gods, de Neil Gaiman

Des mois qu’il s’ennuyait sur une étagère, recommandé avec force par l’Homme-Lavor – inconditionnel de l’auteur; j’avais aimé d’amour « L’étrange vie de Nobody Owens », dévoré « De bons présages » écrit avec Terry Pratchett, apprécié le film d’animation « Coraline » mais je restais rebutée par les aspects sombres qu’affectionne cet auteur, que je considérais comme souvent à la limite de l’horrifique… Celui-ci, c’est un roman pour adultes, et les premières pages, parfois crues et détachées, ont eu bien du mal à m’accrocher. Cela s’est fait pourtant, insidieusement, et ce roman touffu, mâtiné de philosophie, m’a définitivement embarquée (l’extinction de lampe de chevet à 3h du matin, une nuit de changement d’heure dans le sens défavorable, est un critère très sûr me concernant). Certains passages diffusent une atmosphère vraiment particulière, toute en profondeur (le séjour du héros au sein d’une entreprise de pompes funèbres, la veillée du Père-de-tout notamment). Au final, la crudité que j’associe à Neil Gaiman ne me paraît plus si horrifique, mais plutôt liée à une volonté affirmée, et pourtant presque tendre, de nous rappeler notre condition de mortels, justement parce que c’est ce qui nous angoisse par dessus tout et que c’est une idée contre laquelle nous passons la majeure partie de notre temps et de notre énergie à lutter vainement… je me déleste donc de mes dernières méfiances (en imaginant la danse de la victoire de l’Homme-Lavor quand il le saura!).

Ombre sort de prison quelques jours avant la fin de sa peine pour assister aux funérailles de sa femme, tuée dans un accident. Sur son chemin se place obstinément un curieux borgne qui se fait appeler Voyageur et se montre insupportablement cavalier. Lorsque Ombre se rend compte à quel point il a tout perdu, il accepte la place de garde du corps que lui propose Voyageur. Il découvre alors un monde étrange, caché du notre, où anciens Dieux et nouvelles idoles se préparent à entrer dans une guerre entre survie et quête de suprématie. Ombre ignore combien son rôle sera crucial dans ce conflit qui enfle, combien son humanité désespérée est précieuse…

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L’assassin royal, cycle de Robin Hobb (et un parallèle digressif avec Le Trône de fer, de George R. R. Martin)

Ma vaste famille regorge de lecteurs; c’est un cousin féru de SF et Fantasy qui m’a prêté le premier tome; depuis, nous glanons les suivants, Galant-Homme et moi, dans les vide-greniers et chez les bouquinistes… Il faut dire que ce cycle est particulièrement fourni, puisque croisé avec un autre cycle, celui des Aventuriers de la Mer (pour l’ordre de lecture optimal, se référer au lien). J’en suis à la moitié à peu près sans lassitude, en en dévorant un de temps en temps, alors que j’ai calé sur le premier tome du Trône de fer, au style trop ampoulé à mon goût… et pourtant, j’aime les écritures riches, ciselées… mais là, c’est pour moi carrément indigeste; il semblerait que la traduction soit d’ailleurs critiquée par certains. J’ai trouvé beaucoup de similitudes à ces deux histoires, du moins dans la configuration de départ et dans certains « ingrédients de base »; par la suite, j’ai découvert la série télévisée adaptée du Trône de fer et je suis devenue accro, dépassant totalement mes gênes du départ.

Dans un monde médiéval, Fitz se découvre dans son enfance à la fois doué d’un pouvoir tabou qui lui confère un lien magique avec les animaux, mais aussi bâtard de l’héritier du trône. Propulsé à la cour, où il tente de survivre entre mépris et complots, il se trouve assigné à une place dangereuse, secrète mais reconnue par le roi, celle d’assassin royal. Il tente alors d’honorer son serment de servir le roi, tandis que les complots s’amplifient et qu’une menace terrifiante s’abat sur le pays: des pirates étranges capturent les habitants des côtes, en tuent la plupart, et renvoient les autres sur terre privés de leur humanité, déchaînés de violence.

***

Les enfants de la Terre, saga en 6 tomes de Jean M. Auel

Prêtée par la Jardinière d’enfants, cette saga nous a fait voyager à travers les âges et les sous-continent, Galant-Homme et moi, à la suite d’Ayla, fillette Cro-magnon orpheline recueillie par une tribu Néandertal. L’histoire retrace son apprentissage des rites et des savoirs transmis par une guérisseuse Néandertal, puis son périple et sa quête d’autres Cro-magnons comme elle, d’abord seule et luttant pour sa survie, puis admise au sein d’une succession de tribus qui lui permettront de déployer toute sa créativité mais l’obligeront à remettre beaucoup de choses en question, bousculant les principes établis.

Certains passages sont longs et redondants, mais l’érudition est certaine (l’auteur s’est d’abord documentée, puis elle est tombée dans la marmite et est devenue une experte reconnue internationalement; sa saga condense un peu le temps à certains moments, mais le tout a été salué par les scientifiques en l’état actuel des connaissances). J’ai souvent la sensation aiguë que nous vivons la plupart du temps comme si nous ne pouvions que difficilement prendre en compte le vécu des deux ou trois générations qui nous précèdent, comme si nos cerveaux n’étaient pas faits pour concevoir naturellement que d’autres nous ont précédés, depuis des centaines de générations, avec leurs découvertes, leurs savoirs, leurs transmissions, leur créativité justement… C’est pour cela que j’ai aimé ces romans, pour leur capacité à nous replacer, avec humilité, dans le cycle des générations, à la fois en montrant les découvertes fondamentales effectuées par l’Homme des millénaires en arrière, mais aussi pour le peu de temps qui nous a été nécessaire, nous occidentaux nantis, pour perdre une multitude de savoirs de base pourtant indispensables à la survie: allumer un feu, se protéger des prédateurs, conserver de la nourriture sans électricité, dépecer un animal, fabriquer nos propres ustensiles à partir de « rien »…

***

A suivre…


Noirceur-nuit

Au mitan de la nuit m’éveiller, grincement vénérable du mécanisme à espagnolette de la haute porte-fenêtre, rosée sous les pieds. Appel de l’effraie, familier. Le décroissant de la lune accroche un sourire penché au noir du ciel. Des nuages minces charriés par un vent léger le voilent et le dévoilent, en innombrables nuances de lumière. Cadeau de nuit, bijou de ciel, merci insomnie…


Instincts

La chatte arlequine chasse assidûment. Elle rentre en frôlant les murs, jalouse de son précieux trophée, gueule serrée oeil méfiant. Elle se méfie de moi, qui lui confisque ses joujoux. Elle les accumule, ce soir en rentrant j’ai trouvé le sol de la cuisine jonché. Hier j’en ai même trouvé une sur le lit, toute flétrie. Quand l’automne s’en viendra vraiment sans doute elle nous en fera un édredon…

Des feuilles mortes. C’est tellement croquant sous la dent, aussi!


De saison ?

Une avidité à vivre me guette et me phagocyte depuis un âge incertain. Je crois en avoir pris conscience réellement, sincèrement, il y a bien peu. Avec l’idée démentie par Galant Homme que cette frénésie a débuté avec l’histoire des maudites tiques: une décennie de plus, au bas mot, dont il peut témoigner. Alors je tourne mon oeil intérieur vers la poupe et j’ausculte. Me reviennent les tiraillements, la douleur de renoncer au bon annoncé d’un côté pour privilégier le bon promis de l’autre. Choix impossible entre Pah Dom et ma porteuse d’eau. Choisir entre le bon partout, tout le temps, et le chagrin, le vide, l’isolement. Que d’illusions d’enfance enracinées, vivaces comme la ronce ou la renouée…
Apaiser ce rythme fou, faire de la place pour le rien, accepter de ne pouvoir au grand jamais suivre tous les chemins, humer l’eau de chaque fontaine, dénicher tous les dolmens.

Je cherche comment grandir…


Tombés du ciel

Un soir de juin, longueur des jours, air tiède enfin; voir surgir Galant Homme survolté, « viens voir, mais viens voir!! ». Sous les charmilles, folatres et craintifs, quatre chatons de moins d’un mois. Ramper entre herbes et moustiques pour les approcher d’un peu plus près, pas trop. Rentrer bras dessus bras dessous, sourire aux lèvres.

Les guetter pendant plusieurs jours sans jamais apercevoir de mère. Écouter les récits de Galant Homme: le thon sur lequel ils se sont jetés, et leurs quatre minois tout poissés comme illustration; la découverte du petit corps sans vie de l’un d’eux; l’apprivoisement des trois autres et la décision de les nourrir, de les protéger. La découverte d’une malformation cruelle chez l’un, l’insupportable idée de le regarder mourir de faim et de douleur, et pourtant la sensation étrange, comme indue, de décider de clore sa vie.
Les deux survivants de ce drôle de sauvetage, rapatriés à la cuisine, et surnommés Attila et Miss Maggie au bout de quatre jours mémorables qui ont conduit Galant Homme au bord de la crise de nerf pour la première fois depuis que je le connais.
Et puis l’adoption graduelle, réciproque, les rires devant la peur du chat aux yeux d’or, sa réassurance, sa prise en patte de l’éducation des deux souillons minuscules…
La quête d’une famille pour accueillir le petit roux joli, et le pincement au moment de son départ…
La recherche d’un nom pour la petite louloute qui fait désormais partie de notre vie, finalement tomber d’accord, au bout d’un mois quand même!
Et tant pis pour l’invasion de puces prévisible à notre retour de vacances, dans quinze jours malgré le traitement:
heureux d’avoir été trouvés…


L’armoire magique

C’était une armoire sans rien d’extraordinaire, datant des années cinquante, en bois massif et au poids à l’avenant, à trois portes dont une garnie d’un miroir piqué; une penderie rudimentaires, des étagères, un minuscule tiroir en plastique gris. Même pas jolie ou originale, en tout cas certainement pas assez pour hésiter à la hacher menu…

Elle avait été achetée d’occasion, déménagées au moins 5 fois, jusqu’à m’être donnée pour mon premier chez moi. J’avais en tête l’emplacement parfait, un renfoncement dans le couloir d’entrée. Je n’avais pas pris les mesures, sûre de mon coup, et nous l’avions hissée au 5ème étage sans ascenseur. Pah Dom et Galant-homme s’étaient démenés sans excessive rancœur pour la faire entrer en force: la triple épaisseur de tapisseries superposées gênait à la manœuvre. Mais c’était rentré. Sûre de mon coup, disais-je!

Plus tard j’avais fait faire un rideau, pour supprimer les portes qui empiétaient sur le bien maigre espace disponible, et fait fixer le miroir au mur entre la cuisine et le salon. Le terne tiroir gris, décidément dénué de profondeur, avait notablement modifié son karma en se réincarnant comme bac idéal pour la récupération des eaux de dégivrage du réfrigérateur, ou de vidange de la machine à laver.

Plus tard encore, Galant-homme avait apporté ses cartons, et nous avions appris à tirer parti des hauts plafonds, tapissant les murs de l’appartement minuscule jusqu’en haut pour gagner de la place et conjuguer nos activités communes. L’armoire avait fourni la matière première à de parfaites étagères pour le dressing de l’alcôve, ainsi qu’une sorte de pont sur mesures entre deux colonnes d’étagères pour nos bocaux, au dessus de la table de la cuisine;  et aussi des demi-étagères pour les formats poche afin d’optimiser notre bibliothèque puisque il faut bien conjuguer les impérieux besoins d’un forcené de la relecture, avec ma propre frénésie des romans en tomes multiples. C’est à partir de cette époque que certaines chutes commencèrent à endosser le rôle de cales pour tout ce qui en avait besoin, à la maison ou en atelier.

D’autres morceaux servirent, plus récemment et toujours sous les mains inventives de Galant-homme, à rénover la mignonnette caravane Eriba de son papa dont un pneu, en éclatant, avait commis à l’intérieur des dégâts considérables.

Après notre détestable expérience de l’hiver dernier (5 des saucissons suspendus à la poutre de la cave retrouvés endommagés par des souris à un retour de week-end prolongé), d »autres morceaux dont le pont de cuisine redevenu inutile avec notre déménagement, ont permis de finaliser le tant attendu séchoir à saucissons, qui servira aussi, cet été, pour les tomates Roma, les abricots, les pommes, et même les figues d’automne si le temps le permet. Un usage du séchoir électrique amoindri, cela ne se refuse pas, il tourne assez déjà pour la confection de cuirs et pâtes de fruits (fraises, coings, pommes), délices inspirés de Lilo et qui nécessitent une certaine continuité de séchage…

Sans doute reste-il des chutes, des coupes, des bouts, inépuisables trésors qui traînent à l’atelier et serviront un jour à Galant-homme, subitement indispensables à tel ou tel chantier. Je suis curieuse de voir quel secours inattendu cette armoire nous réserve encore!


L’abreuvoir

Indice…

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principal suspect…

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Flagrant délit…

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Reconnu coupable!


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