L’armoire magique

C’était une armoire sans rien d’extraordinaire, datant des années cinquante, en bois massif et au poids à l’avenant, à trois portes dont une garnie d’un miroir piqué; une penderie rudimentaires, des étagères, un minuscule tiroir en plastique gris. Même pas jolie ou originale, en tout cas certainement pas assez pour hésiter à la hacher menu…

Elle avait été achetée d’occasion, déménagées au moins 5 fois, jusqu’à m’être donnée pour mon premier chez moi. J’avais en tête l’emplacement parfait, un renfoncement dans le couloir d’entrée. Je n’avais pas pris les mesures, sûre de mon coup, et nous l’avions hissée au 5ème étage sans ascenseur. Pah Dom et Galant-homme s’étaient démenés sans excessive rancœur pour la faire entrer en force: la triple épaisseur de tapisseries superposées gênait à la manœuvre. Mais c’était rentré. Sûre de mon coup, disais-je!

Plus tard j’avais fait faire un rideau, pour supprimer les portes qui empiétaient sur le bien maigre espace disponible, et fait fixer le miroir au mur entre la cuisine et le salon. Le terne tiroir gris, décidément dénué de profondeur, avait notablement modifié son karma en se réincarnant comme bac idéal pour la récupération des eaux de dégivrage du réfrigérateur, ou de vidange de la machine à laver.

Plus tard encore, Galant-homme avait apporté ses cartons, et nous avions appris à tirer parti des hauts plafonds, tapissant les murs de l’appartement minuscule jusqu’en haut pour gagner de la place et conjuguer nos activités communes. L’armoire avait fourni la matière première à de parfaites étagères pour le dressing de l’alcôve, ainsi qu’une sorte de pont sur mesures entre deux colonnes d’étagères pour nos bocaux, au dessus de la table de la cuisine;  et aussi des demi-étagères pour les formats poche afin d’optimiser notre bibliothèque puisque il faut bien conjuguer les impérieux besoins d’un forcené de la relecture, avec ma propre frénésie des romans en tomes multiples. C’est à partir de cette époque que certaines chutes commencèrent à endosser le rôle de cales pour tout ce qui en avait besoin, à la maison ou en atelier.

D’autres morceaux servirent, plus récemment et toujours sous les mains inventives de Galant-homme, à rénover la mignonnette caravane Eriba de son papa dont un pneu, en éclatant, avait commis à l’intérieur des dégâts considérables.

Après notre détestable expérience de l’hiver dernier (5 des saucissons suspendus à la poutre de la cave retrouvés endommagés par des souris à un retour de week-end prolongé), d »autres morceaux dont le pont de cuisine redevenu inutile avec notre déménagement, ont permis de finaliser le tant attendu séchoir à saucissons, qui servira aussi, cet été, pour les tomates Roma, les abricots, les pommes, et même les figues d’automne si le temps le permet. Un usage du séchoir électrique amoindri, cela ne se refuse pas, il tourne assez déjà pour la confection de cuirs et pâtes de fruits (fraises, coings, pommes), délices inspirés de Lilo et qui nécessitent une certaine continuité de séchage…

Sans doute reste-il des chutes, des coupes, des bouts, inépuisables trésors qui traînent à l’atelier et serviront un jour à Galant-homme, subitement indispensables à tel ou tel chantier. Je suis curieuse de voir quel secours inattendu cette armoire nous réserve encore!

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