Cueillette

J’ai cueilli sans l’avoir vu venir de ces fleurs impétueuses qui ne fanent jamais. Je croyais semer encore, naïve, et tout soudain dans le creux de ma main, en place des grains qui s’échappent, des brassées venues se nicher à jamais. En ces occasions un brin de grandiloquence est permis… Voyons plutôt!

Des larmes d’hommes qui ne pleurent pas, Madame. Qui arrosent seulement des trésors inouïs de l’eau pure de leur cœur.

Des embrassades d’humains qui se découvrent, se regardent vraiment et se reconnaissent comme si une autre vie leur revenait en écho.

Des larmes de femmes qui se parlent vrai depuis leurs entrailles, de plaies et de baumes.

Des mots d’amour et de monde sauvage, des bribes de tigre et d’impertinence.

Des virevoltes d’hommes et de femmes qui dansent ensemble une danse vivante, neuve et ancienne à la fois.

Des petits drames attendus qui révèlent leur vrai fond de sagesse sans lambiner; et des décisions profondes portées par une petite magie de l’instant.

Reliance, fluence disait-elle, celle qui rêvait de bercer le monde…

Il en reste quelques os de poulet mauves et des bocaux de légumes grillés; une fleur de pimprenelle sèche, pourpre encore, échappée d’une boutonnière; des bris d’ardoise tracés de lettres blanches qui s’égaient dans le jardin; une coquille d’œuf d’autruche toute vernissée avec deux trous modestes aux extrémités, et quand on y colle l’oreille on entend des éclats de rire; un hamac pour deux à pic pour en remplacer deux qui nous ont fait une frayeur, une petite roue de tricycle et un gilet tricoté, deux grelots chargés de sens et une marmite en tôle émaillée qui recèle le secret du bonheur conjugal; il en reste une jolie pile de jolis livres, des tintements cristallins aux vents du soir, des projets de thon à l’huile, de jus de concombre et de choucroute maison, des messages à jeter dans la mer du futur et d’autres à ressortir les jours bêtes pour se réchauffer l’âme; il en reste des clins d’œil de lucioles derrière les paupières perlées, et des bouquets de lavande sèche dans des chambres nues; un goût nouveau pour les tenues assorties et une audace neuve – un petit rien qui n’en était pas un pour tout le monde – porter des robes, et tranquillement même. Il en reste, encore, une couronne de fleurs fanées, des amitiés ravivées et d’autres naissantes peut-être, des envies de fjord et d’îles tourbeuses et nos deux annulaires fraîchement cerclés d’un beau filet d’or cuivré.

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