Archives mensuelles : avril 2017

Tempête

(sans filtre ! ) 

J’ai toujours été fascinée par la vigueur du vent soudain, les verts qui deviennent irradiants sur le gris sombre des nuages, les invraisemblable masses de ciel qui glissent follement vers l’est. Les rayons de lumière se frayent parfois un chemin dans ce chaos d’eau en suspension, l’odeur de terre et de bois se déploie soudain comme un appel et me poigne. Et quand claque la résonance du tonnerre dans mes os, compte l’écart avec les zébrures comme me l’avait enseigné mon père. 
Je revois son index rythmer les secondes sur le bord de la table de cuisine et m’expliquer la vitesse du son. Le papier peint éparpillait ses cerises au mur et j’avais dans mon allégresse fait chuter sans le vouloir ma jolie assiette au dessin naïf, celle avec le coq sur le tas de fumier comme un trésor. Drame d’enfance, parce qu’elle me parlait de la maison que nous avions quittée quelques mois plus tôt, celle où je suis revenue vivre il y a six ans presque, mais il n’y a plus de tas de fumier ni de biques à traire dans l’orangerie ni de canards de barbarie, et c’était long si vous saviez de ne pas savoir si j’y reviendrais vivre quand j’avais cinq ans, quand j’en avais vingt cinq.
Peut être est-ce grâce à lui que je n’en ai jamais eu peur, parce que j’en ai toujours été abritée, apprivoisée par ma capacité à égrener les secondes qui m’éloignaient de la foudre. 
Je devais avoir aussi cinq ans lors du premier orage qui m’a captée.  Je me souviens avoir contemplé, longtemps, seule, appuyée à la lucarne de l’escalier d’une maison de pierre sombre qui offrait à la vue un interminable moutonnement de vieux volcans. Le soir est tombé peu à peu, mais les vastes éclairs jetaient encore sur les forêts des instants de jour blanc, et ça tournait sans fin et c’était beau mes aïeux. En contrebas les voix joyeuses d’adultes tout à leurs retrouvailles, la guitare de mon père sans doute et sa voix grave sur les paroles de Brassens ou de Brel. 


Je ne vis pas un orage depuis sans sentir un instant l’appui de fenêtre et l’atmosphère douillette et cet émerveillement de petite fille déjà contemplative qui m’a sauvée tant et tant même quand je croyais sombrer.