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Tempête

(sans filtre ! ) 

J’ai toujours été fascinée par la vigueur du vent soudain, les verts qui deviennent irradiants sur le gris sombre des nuages, les invraisemblable masses de ciel qui glissent follement vers l’est. Les rayons de lumière se frayent parfois un chemin dans ce chaos d’eau en suspension, l’odeur de terre et de bois se déploie soudain comme un appel et me poigne. Et quand claque la résonance du tonnerre dans mes os, compte l’écart avec les zébrures comme me l’avait enseigné mon père. 
Je revois son index rythmer les secondes sur le bord de la table de cuisine et m’expliquer la vitesse du son. Le papier peint éparpillait ses cerises au mur et j’avais dans mon allégresse fait chuter sans le vouloir ma jolie assiette au dessin naïf, celle avec le coq sur le tas de fumier comme un trésor. Drame d’enfance, parce qu’elle me parlait de la maison que nous avions quittée quelques mois plus tôt, celle où je suis revenue vivre il y a six ans presque, mais il n’y a plus de tas de fumier ni de biques à traire dans l’orangerie ni de canards de barbarie, et c’était long si vous saviez de ne pas savoir si j’y reviendrais vivre quand j’avais cinq ans, quand j’en avais vingt cinq.
Peut être est-ce grâce à lui que je n’en ai jamais eu peur, parce que j’en ai toujours été abritée, apprivoisée par ma capacité à égrener les secondes qui m’éloignaient de la foudre. 
Je devais avoir aussi cinq ans lors du premier orage qui m’a captée.  Je me souviens avoir contemplé, longtemps, seule, appuyée à la lucarne de l’escalier d’une maison de pierre sombre qui offrait à la vue un interminable moutonnement de vieux volcans. Le soir est tombé peu à peu, mais les vastes éclairs jetaient encore sur les forêts des instants de jour blanc, et ça tournait sans fin et c’était beau mes aïeux. En contrebas les voix joyeuses d’adultes tout à leurs retrouvailles, la guitare de mon père sans doute et sa voix grave sur les paroles de Brassens ou de Brel. 


Je ne vis pas un orage depuis sans sentir un instant l’appui de fenêtre et l’atmosphère douillette et cet émerveillement de petite fille déjà contemplative qui m’a sauvée tant et tant même quand je croyais sombrer.


Émerger

Dans le soleil du matin les câlins sont plus doux. Dans l’air du soir la route des collines l’est aussi;  l’hiver est si froid chez nous sans autre chauffage que le poêle à bois,  je préfère un temps passer par le village aux fenêtres chaleureuses, illusion réconfortante. Mais c’est derrière, et c’est devant pour cette fois, je n’ai plus allumé le soufflant de la douche depuis notre retour de Bretagne, il y a un petit mois. Étonnant le corps qui s’aguerrit de tout.
 Saveur du soir doux, des chants d’oiseaux qui se souhaitent la nuit sûre, de l’odeur discrète des narcisses et du vert irradiant de tout ce que mon oeil croise de végétal alentours. Dans le grand pré les boeufs sont de retour, le pesto d’ail des ours du jardin est parfait, mon nouveau lieu de travail est baigné de lumière, de lumière et d’un grand aplat de vert océan.


 Résolution

Rupture avec une mauvaise habitude familiale : m’accorder enfin de mettre une pièce à mon goût, cette nouvelle pièce où je passerai d’ici quelques heures le plus clair de mes semaines. 

Peu importe que je ne sache pas encore si j’y pose ma petite cargaison pour longtemps, peu importe le temps passé à manier les pinceaux. Il est temps de m’alléger enfin, épurer, renoncer vraiment aux bifurcations qui de toutes façons me rebutent et ne me sont pas nécessaires mais c’est si dur de ne plus avoir peur, affirmer cette professionnelle que je suis devenue, les chemins qui s’ouvrent…  Et puis à l’usage trouver comment rendre chaleureux ce nouveau lieu, pour qui viendra s’y poser. Joie, et trac, un peu, parce que c’est de moi en vrai que j’y glisse, plus sans doute que ces cinq dernières années. 

Aujourd’hui, vivre, c’est tout. Même si chez nous l’herbe se hausse et mouille les chevilles, et qu’il faudra y tailler des sentes, même si le potager reste en friche et ne pourvoira pas aux rouges salades estivales parce que l’indécision s’étire trop douloureusement pour Galant-homme, même si j’ai la frousse quelle que soit l’issue de ce tournant-là… 


Alors ce soir, même si fourbue, ne pas me fermer à cet éclat d’espièglerie de celui que j’aime, et commencer ce drôle de cabinet de curiosités par l’exposition de trois étranges trophées de famille au dessus du manteau de cheminée de la Grande Cuisine. Et, surtout, se réjouir d’avoir des​ vrais amis, qui ne s’offusqueront pas de dîner sous la dépouille d’un crocodile du Siam vieille de cent ans, les dents d’un requin-scie au moins aussi vieilles, et les paillettes d’une tête de chevreuil 100% plastique aux bois fleuris. 

Pendant ce temps-là, les fleurs de pêchers s’épanouissent, la chatte arlequine taquine les fourmis et bondit dans l’air bleu après les moucherons. Elle sait si bien, elle, vivre, c’est tout…


Confidence

L’église trappue, les visages connus, ceux qu’on affectionne. La photo d’elle toute jeune, comme elle était belle, et ces yeux rieurs, et ce sourire aux lèvres pleines, cet air audacieux. Suivre le corbillard à pied jusqu’au cimetière, l’air frisquet, serrer le châle de laine noire sur mes épaules, laisser voguer le regard au long des collines vertes où ondoient les ombres des nuages légers et les rayons doux du soleil. Trouver ça beau, sourire pour cette femme franche et chaleureuse, qui camouflait sous un humour piquant son regard tendre. Souvenirs de confidences au creux des fauteuils accueillants de la bibliothèque, certains soirs de grandes réunions de famille ; de points sur les i salvateurs qu’elle seule osait ; de petits gâteaux et d’encouragements mutuels ; de somptueux cadeaux de toile imprimée qu’il me reste à coudre et à porter… Elle ignorait la place unique qu’elle seule avait dans le cœur de ceux qui se sentaient un peu en dehors, et qu’elle voyait. 


Sous l’église, la maison d’une potière. Besoin de m’échapper un moment, comme souvent lors des grandes réunions de famille. Pour la première fois, j’ai osé m’avancer dans la cour grande ouverte, parsemée d’oiseaux et d’anges doux en porcelaine chamotée, pour jeter un œil à l’atelier à travers la baie. Pincée sur le fait ! Charmant accueil, visite des lieux, et invitation inattendue à venir tourner un peu de porcelaine pour voir, à ma prochaine visite… 

J’irai, malgré la timidité, malgré la peur de gâcher de la belle matière, avec au cœur l’image d’un sourire aux lèvres pleines, d’un regard rieur qui me soufflent d’avoir l’audace de vivre ce qui est offert.


Cueillette

J’ai cueilli sans l’avoir vu venir de ces fleurs impétueuses qui ne fanent jamais. Je croyais semer encore, naïve, et tout soudain dans le creux de ma main, en place des grains qui s’échappent, des brassées venues se nicher à jamais. En ces occasions un brin de grandiloquence est permis… Voyons plutôt!

Des larmes d’hommes qui ne pleurent pas, Madame. Qui arrosent seulement des trésors inouïs de l’eau pure de leur cœur.

Des embrassades d’humains qui se découvrent, se regardent vraiment et se reconnaissent comme si une autre vie leur revenait en écho.

Des larmes de femmes qui se parlent vrai depuis leurs entrailles, de plaies et de baumes.

Des mots d’amour et de monde sauvage, des bribes de tigre et d’impertinence.

Des virevoltes d’hommes et de femmes qui dansent ensemble une danse vivante, neuve et ancienne à la fois.

Des petits drames attendus qui révèlent leur vrai fond de sagesse sans lambiner; et des décisions profondes portées par une petite magie de l’instant.

Reliance, fluence disait-elle, celle qui rêvait de bercer le monde…

Il en reste quelques os de poulet mauves et des bocaux de légumes grillés; une fleur de pimprenelle sèche, pourpre encore, échappée d’une boutonnière; des bris d’ardoise tracés de lettres blanches qui s’égaient dans le jardin; une coquille d’œuf d’autruche toute vernissée avec deux trous modestes aux extrémités, et quand on y colle l’oreille on entend des éclats de rire; un hamac pour deux à pic pour en remplacer deux qui nous ont fait une frayeur, une petite roue de tricycle et un gilet tricoté, deux grelots chargés de sens et une marmite en tôle émaillée qui recèle le secret du bonheur conjugal; il en reste une jolie pile de jolis livres, des tintements cristallins aux vents du soir, des projets de thon à l’huile, de jus de concombre et de choucroute maison, des messages à jeter dans la mer du futur et d’autres à ressortir les jours bêtes pour se réchauffer l’âme; il en reste des clins d’œil de lucioles derrière les paupières perlées, et des bouquets de lavande sèche dans des chambres nues; un goût nouveau pour les tenues assorties et une audace neuve – un petit rien qui n’en était pas un pour tout le monde – porter des robes, et tranquillement même. Il en reste, encore, une couronne de fleurs fanées, des amitiés ravivées et d’autres naissantes peut-être, des envies de fjord et d’îles tourbeuses et nos deux annulaires fraîchement cerclés d’un beau filet d’or cuivré.


Un adieu.

Elle m’a dit qu’elle était heureuse. Qu’elle ne pouvait espérer plus doux que d’être entourée ainsi de ses petits enfants et de sa fille. De sentir: ma « bonne main douce », le doux agneau pelucheux  offert par ma sœur Taupe : « il me semble la voir quand je le regarde », les prévenances incessantes de sa fille, la Porteuse d’eau, les fleurs devant la fenêtre plantées discrètement par Galant homme…
Elle m’a dit, soyez heureux mes enfants, soyez heureux autant que moi maintenant. Elle n’a pas mentionné la douleur de ne plus voir son fils piégé dans des méandres de souffrance passée, elle a versé une larme seule pour son mari adulé parti dans l’oubli de lui-même il y a si longtemps déjà quand on est une épouse qui aime encore.

Je n’ai pas compris que c’était le moment, celui de lui dire ce qui restait à dire, ce qu’on garde avec trop de pudeur en croyant toujours que l’autre le sait bien déjà, va. La gratitude pour les dons.

Don d’une Cabane-des-filles à rideaux jaunes et toiles d’araignées obstinées ; don de recettes rigoureuses et simples, aux saveurs de l’enfance et  aux tours de main désuets; don de mots échappés du vieux parler d’ici qui roulent sur la langue et qu’on collectionne pour qu’ils ne tombent pas dans un passé sans nom; don d’histoires à rêver de bergère et d’ours et de coup de foudre dans l’encadrement d’une fenêtre, et encore de bals guinguette,  chapeaux élégants et pantoufles de satin vert, ou de bottines rouges mesurées à la longueur d’une baguette de coudrier, de galoches trop grandes pleines de la terre du labour à chaque fin de sillon, ces mêmes godillots cachés derrière le lavoir au bas des Ravinaux pour aller danser pied léger – c’est dire que les souliers ont eu leur importance; et encore d’autres histoires, de cannes de grand-père passée sous le lit chaque soir, de jardins de roses merveilleux, de petit poulet promené dans une carriole, d’abreuvoirs à vaches migratoires, de chutes de vélo sur les gadins de la grande côte pour trop d’empressement à rejoindre l’amoureux, et de chutes d’obus sur le pré où l’on aurait dû aller sans l’intuition d’un père,
d’émancipation parisienne, de journaliers effrayants et de lavandières crépues…

tant et tant d’histoires encore…

Don d’apaisement et de complicité, don de quatre ans de vie en ce lieu de ma plus puissante nostalgie.

Don ultime d’une bénédiction, et d’une mort douce et reliée qui a pris par la main la jeune fille en larmes qui menait le cheval de trait dont elle avait si peur tout le long des sillons du Carcat, en lui chuchotant aux ultimes heures, sa découverte: qu’elle pouvait s’en faire un ami, de ce bon gros Percheron sans méchanceté, et chanter désormais de ne plus se croire seule.

Je souris de penser qu’il te fallait une voix d’homme, une main d’homme pour dernière provision avant de te laisser partir dans l’oubli de toi-même, toi l’amoureuse irrésignée malgré les ans.

  C’est en partie de toi, d’à travers toi que je suis au monde. Je guérirai ce que je peux de ce qui reste à guérir, je chérirai ce qui m’est déjà guéri, sans cesser de m’étonner d’observer comment la vie relie Galant-homme à chacun de vous mes aïeux d’ici dans son tempo singulier.


Haïku beau comme…

Lumière dorée sur la falaise,
Le rideau se lève;
Lenteur du camion jaune.


Wok improvisé aux pois gourmands

Besoin ou nostalgie, les petits plats impromptus du soir prennent des parfums d’Asie au plaisir d’orchestration spontanée, à partir du petit peuple du jardin, du frigo, du placard…
Ce soir, Galant homme était en train de laver la dernière, modeste, récolte de pois gourmands du jardin, et  projetait de les ajouter au chou chinois qui patientait au frais depuis quelque temps.
Petit tour des réserves, et  valse des fourneaux :

Une grosse poignée de pois gourmands équeutés et lavés, cuits 5 minutes à l’eau frémissante, puis plongés dans l’eau froide pour arrêter la cuisson (ne pas couvrir pour garder le beau vert vif, saler l’eau)
Trois échalottes émincées, revenues dans un peu d’huile quelques minutes
Un petit morceau de gingembre pelé, haché et ajouté dans la sauteuse ou le wok
Un demi chou chinois détaillé en lanières et ajouté aux échalottes (ne pas couvrir)
Deux carottes en lanières très fines (détailler des rubans à l’économe, puis retailler verticalement) ajoutées au chou
Déglacer au shoyu (sauce soja)
Dessaler soigneusement une poignée de haricots de la mer, égoutter  les couper grossièrement, les ajouter, ainsi que les pois mangetout.
Servir saupoudré de rondelles d’oignon frais (vert et blanc), d’un filet d’huile de sésame, de graines de sésame grillé à sec.
Pour les becs salés, ajouter quelques gouttes de nuoc mam  pur phu coq, ou de shoyu.
Servir avec du riz noir gluant (vu l’improvisation j’ai zappé le trempage en recouvrant le riz d’eau froide et en faisant bouillir jusqu’à absorption presque complète, avant de cuire à la vapeur une demi heure.)

Et le reste de riz, je compte le griller demain à l’huile d’olive et le servir avec le premier pesto de la saison concocté hier par Galant homme !


À chaque virage

Pour descendre de ma colline, cinq chemins, pas moins. L’un d’eux, les Grands tournants, ma petite montée de l’Alpe à moi.

Et en cette saison, à chaque virage, une floraison: violettes, primevères, pervenches bleues, anémones des bois, pulmonaires. Chacune à son étage, tapissant le talus.

Palette de peintre vivante, éphémère.


Lectures-fatras

L’envie qui est là, le temps qui n’y est pas, et qui file toujours…

Mais aussi dans un coin de l’esprit, bien présente malgré les mois qui s’accumulent, la requête de ma Cousine Animée, avide de partages littéraires.

Alors voilà, en vrac, partielles et partiales, quelques notes pour mémoire et pour inspiration… J’abandonne mon application ancienne à accompagner chaque commentaire de l’illustration de couverture et du résumé éditeur, en tout cas pour cette fois particulièrement anglosaxone…

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Le dernier lu: Américan gods, de Neil Gaiman

Des mois qu’il s’ennuyait sur une étagère, recommandé avec force par l’Homme-Lavor – inconditionnel de l’auteur; j’avais aimé d’amour « L’étrange vie de Nobody Owens », dévoré « De bons présages » écrit avec Terry Pratchett, apprécié le film d’animation « Coraline » mais je restais rebutée par les aspects sombres qu’affectionne cet auteur, que je considérais comme souvent à la limite de l’horrifique… Celui-ci, c’est un roman pour adultes, et les premières pages, parfois crues et détachées, ont eu bien du mal à m’accrocher. Cela s’est fait pourtant, insidieusement, et ce roman touffu, mâtiné de philosophie, m’a définitivement embarquée (l’extinction de lampe de chevet à 3h du matin, une nuit de changement d’heure dans le sens défavorable, est un critère très sûr me concernant). Certains passages diffusent une atmosphère vraiment particulière, toute en profondeur (le séjour du héros au sein d’une entreprise de pompes funèbres, la veillée du Père-de-tout notamment). Au final, la crudité que j’associe à Neil Gaiman ne me paraît plus si horrifique, mais plutôt liée à une volonté affirmée, et pourtant presque tendre, de nous rappeler notre condition de mortels, justement parce que c’est ce qui nous angoisse par dessus tout et que c’est une idée contre laquelle nous passons la majeure partie de notre temps et de notre énergie à lutter vainement… je me déleste donc de mes dernières méfiances (en imaginant la danse de la victoire de l’Homme-Lavor quand il le saura!).

Ombre sort de prison quelques jours avant la fin de sa peine pour assister aux funérailles de sa femme, tuée dans un accident. Sur son chemin se place obstinément un curieux borgne qui se fait appeler Voyageur et se montre insupportablement cavalier. Lorsque Ombre se rend compte à quel point il a tout perdu, il accepte la place de garde du corps que lui propose Voyageur. Il découvre alors un monde étrange, caché du notre, où anciens Dieux et nouvelles idoles se préparent à entrer dans une guerre entre survie et quête de suprématie. Ombre ignore combien son rôle sera crucial dans ce conflit qui enfle, combien son humanité désespérée est précieuse…

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L’assassin royal, cycle de Robin Hobb (et un parallèle digressif avec Le Trône de fer, de George R. R. Martin)

Ma vaste famille regorge de lecteurs; c’est un cousin féru de SF et Fantasy qui m’a prêté le premier tome; depuis, nous glanons les suivants, Galant-Homme et moi, dans les vide-greniers et chez les bouquinistes… Il faut dire que ce cycle est particulièrement fourni, puisque croisé avec un autre cycle, celui des Aventuriers de la Mer (pour l’ordre de lecture optimal, se référer au lien). J’en suis à la moitié à peu près sans lassitude, en en dévorant un de temps en temps, alors que j’ai calé sur le premier tome du Trône de fer, au style trop ampoulé à mon goût… et pourtant, j’aime les écritures riches, ciselées… mais là, c’est pour moi carrément indigeste; il semblerait que la traduction soit d’ailleurs critiquée par certains. J’ai trouvé beaucoup de similitudes à ces deux histoires, du moins dans la configuration de départ et dans certains « ingrédients de base »; par la suite, j’ai découvert la série télévisée adaptée du Trône de fer et je suis devenue accro, dépassant totalement mes gênes du départ.

Dans un monde médiéval, Fitz se découvre dans son enfance à la fois doué d’un pouvoir tabou qui lui confère un lien magique avec les animaux, mais aussi bâtard de l’héritier du trône. Propulsé à la cour, où il tente de survivre entre mépris et complots, il se trouve assigné à une place dangereuse, secrète mais reconnue par le roi, celle d’assassin royal. Il tente alors d’honorer son serment de servir le roi, tandis que les complots s’amplifient et qu’une menace terrifiante s’abat sur le pays: des pirates étranges capturent les habitants des côtes, en tuent la plupart, et renvoient les autres sur terre privés de leur humanité, déchaînés de violence.

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Les enfants de la Terre, saga en 6 tomes de Jean M. Auel

Prêtée par la Jardinière d’enfants, cette saga nous a fait voyager à travers les âges et les sous-continent, Galant-Homme et moi, à la suite d’Ayla, fillette Cro-magnon orpheline recueillie par une tribu Néandertal. L’histoire retrace son apprentissage des rites et des savoirs transmis par une guérisseuse Néandertal, puis son périple et sa quête d’autres Cro-magnons comme elle, d’abord seule et luttant pour sa survie, puis admise au sein d’une succession de tribus qui lui permettront de déployer toute sa créativité mais l’obligeront à remettre beaucoup de choses en question, bousculant les principes établis.

Certains passages sont longs et redondants, mais l’érudition est certaine (l’auteur s’est d’abord documentée, puis elle est tombée dans la marmite et est devenue une experte reconnue internationalement; sa saga condense un peu le temps à certains moments, mais le tout a été salué par les scientifiques en l’état actuel des connaissances). J’ai souvent la sensation aiguë que nous vivons la plupart du temps comme si nous ne pouvions que difficilement prendre en compte le vécu des deux ou trois générations qui nous précèdent, comme si nos cerveaux n’étaient pas faits pour concevoir naturellement que d’autres nous ont précédés, depuis des centaines de générations, avec leurs découvertes, leurs savoirs, leurs transmissions, leur créativité justement… C’est pour cela que j’ai aimé ces romans, pour leur capacité à nous replacer, avec humilité, dans le cycle des générations, à la fois en montrant les découvertes fondamentales effectuées par l’Homme des millénaires en arrière, mais aussi pour le peu de temps qui nous a été nécessaire, nous occidentaux nantis, pour perdre une multitude de savoirs de base pourtant indispensables à la survie: allumer un feu, se protéger des prédateurs, conserver de la nourriture sans électricité, dépecer un animal, fabriquer nos propres ustensiles à partir de « rien »…

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A suivre…