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Les ailes de novembre

Les nuages comme des cohortes de formidables baleines glissant lourdes au ras des collines. Les collines, perlées d’oranges, de verts jaunis éclatants. Trop occupée à préparer ce novembre-tournant je n’ai pas vu l’automne tarder à parer les forêts. Les lignes sombres des troncs ne sont plus déjà noyées dans les feuillages, ce qu’il en reste vire enfin aux teintes flamboyantes à l’instant de choir et la palette dense de la saison qui est mienne ne sera pas cette année. C’est beau aussi, même si mon avidité se frustre de la fugacité accrue de cette métamorphose d’avant le retour à l’humus.

J’ai peur. Mes vertèbres se dégingandent, leur vénérable masse se désajuste, d’un cheveu, pour dire l’inconfort du temps présent. Assez pour restreindre mes mouvements. Assez pour ramener mon attention au centre. J’ai la peur de celle qui va sauter sans voir l’autre rive, sans connaître la matière de ce qui l’attend. Il est décidé que le choix sera bon de toutes les façons possibles. Mais mon axe se rebelle contre cette imprévisibilité des temps à venir. Garder en mire la gratitude.

Les cieux blancs sur les premières neiges autour de la grande ville où j’ai conclu enfin le long parcours entrepris à seize ans, quand j’ai bravé le désir maternel et laissé passer la date d’inscription en prépa lettres.

Il n’y aura plus d’examens désormais. Plus de soutenances. Et la dernière était celle que j’étais le plus prête à passer. Ou bien il y en aura une ou deux autres, si je le désire, parce que j’ai peut-être quelque chose à devenir encore un peu plus loin.

Elle est passée, l’échéance maintes fois repoussée. Je me sens pleinement adulte pour la première fois dans ce pan-là de ma vie, et c’est étrange et réconfortant. Je voudrais dire à la jeune fille qui était moi qu’elle avait raison de résister et de croire. Que ses révoltes silencieuses et ses larmes produiraient de si belles récoltes. Qu’un mur couleur d’océan serait le symbole d’un accomplissement dont si peu fut prémédité.

Et maintenant, place à la suite.

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Sur la berge.

Le périple à bord de trois petites voitures successives. La longue glissade jusqu’à fleur de Méditerranée, assortie de papotages enjoués. La vie nous amène à frôler tant d’êtres et même si on ne peut tous les embrasser, c’est bon de savoir que le monde porte tant de gens qu’on pourrait aimer.

Celle-ci a tenu à nous déposer au plus près. Je n’avais pas demandé assez de détails et la fin du chemin s’est faite à pied, jusqu’au canal à travers champs malgré les déraisonnables chaussures à talons scintillantes pour faire oublier l’entorse tenace.

C’était comme arriver nulle part, comme rêver : rejoindre la berge et longer longtemps le sentier jusqu’à rencontrer la première péniche. À partir de là nos yeux curieux se sont empifrés de la bohème d’ici, à la rencontre de l’amie de vingt ans, cette jeune maman en vareuse verte d’adolescente et bagnole à trois places devant pour se serrer entre vieux potes étonnés de savoir un si petit bébé sur la banquette arrière.

Quatre jours à se laisser bercer par la vie de la berge. Le cri du Martin pêcheur, la toilette des poules d’eau, la chute lente des feuilles de platanes toutes jaunes et gonflées comme des voiles, le récit des fichus caractères des gens d’ici, mais quand ils adoptent quelqu’un – quelqu’une – c’est du sérieux.

Vivre au rythme de cette toute petite fille et dans ce tout petit espace, ne sortir que pour les dix minutes de marche nécessaires pour rejoindre notre chambre flottante, au petit port un peu plus loin, en détaillant chaque bateau, en rêvassant beaucoup comme nous savons si bien.

Et une fois, marcher un peu plus loin, jusqu’au marché du samedi matin. À l’entrée un accordéoniste qui jouait une chapeloise. Si n’avait été l’entorse j’aurais posé ma main sur celle de mon Galant homme et dansé là, au mitant de la rue rendue piétonne, pour honorer notre promesse tacite d’éternels fiancés. À la place j’ai souri au musicien de tout mon cœur pour qu’il lise dedans le grand merci que je n’aurais pas osé prononcer, puis j’ai rougi en me souvenant que ce sourire-là me valut ma première demande en mariage, à 13 ans, pour avoir voulu remercier sans savoirs les mots le serveur napolitain d’un voyage scolaire en Italie, et je me serais cachée sous la table si j’avais pu. La vieille pote y était, à laquelle rien de la scène n’avait échappé, qui s’est délectée longtemps de remettre du rouge à mes joues en racontant l’histoire.

Pour me remettre de ces superpositions temporelles j’ai acheté une botte de dahlias, ô combien parfaitement de saison et locaux, pour poser un brin de soleil velouté entre les hublots de la péniche de ma vieille pote. On a bu qui un grand pu erh qui un petit café serré à la petite table du torréfacteur itinérant, pour célébrer le premier bain de foule de ce bébé à la maman rendue louve par tant d’audace et de menaces.

Nous avons alourdi nos bras de parfaites petites poires Conférence et de conserves de cou de canard farci pour les jours gris.

Les parents de la vieille pote sont venus nous offrir le déjeuner, à peine vieillis. Combien m’étonnait la proximité tendre de ma copine avec son père que les câlins n’effarouchaient pas, lui. Cela m’était, à moi, un paradis perdu à mes quatre ans. Avec ça, la saveur du pain de courgettes et du coulis maison de la maman qui m’avait accordé le grand cadeau de me transcrire sa recette, effort pour elle qui ne mesurait rien, opérait d’un coup d’œil, en tançant sa fille pour le plaisir en franco-provençal. Je fais encore la recette avec les surplus de récolte en me souvenant de ces moments.

Nous avons repris le chemin en sens inverse, quelques violettes cristallisées au fond des poches, un bateau planté dans l’eau et dans nos têtes 🎵, la promesse d’aller voir à Bruxelles la petiote avant qu’elle ne marche, et l’invitation à revenir à Toulouse en leur absence puisque la péniche nous y attendra si nous avons le désir d’y trouver refuge. Et bon sang nous avons de bonnes raisons d’y retourner, l’une a quatorze ans et l’autre seize, et je ne les reconnaîtrai sans doute pas eux qui avaient deux ans et demi et cinq ans quand je les cueillais à seize heures trente pour aller goûter au square de la rue André Philippe. Eux non plus sans doute, mais j’ai envie, parce que j’ai aimé tant de choses auprès d’eux aussi. Il aura en plus, peut-etre, une douce Emma d’ici à croiser et c’est un petit défi joyeux en prévision. Et puis nous n’avons pas salué la ville alors il faudra bien aussi y traîner un peu nos semelles, pailletées ou non.

Le passé, le présent, le futur s’entremêlent à la moitié de cet octobre déjà fini. Ça fait joli.


Stang venn

Elle était minuscule et courbée. Le chignon bas, le tablier noir. La charpente du petit penty ondulait sous les ardoises antiques, moussues. Le granit avait réapparu depuis longtemps sous l’enduit blanc rongé par combien d’hivers tempétueux. Les fleurs et les herbes hautes noyaient le tout.

J’aurais voulu que l’Ankou l’oublie, qu’elle demeure toujours là, au bout de la route percée d’une herbe drue par places en son bombé.

Pourquoi faut-il que je m’attache aux pierres ainsi et que leur devenir m’importe et me poigne alors que j’aspire à marcher sur la terre sans rien omettre de ma condition de passagère…


Tempête

(sans filtre ! ) 

J’ai toujours été fascinée par la vigueur du vent soudain, les verts qui deviennent irradiants sur le gris sombre des nuages, les invraisemblable masses de ciel qui glissent follement vers l’est. Les rayons de lumière se frayent parfois un chemin dans ce chaos d’eau en suspension, l’odeur de terre et de bois se déploie soudain comme un appel et me poigne. Et quand claque la résonance du tonnerre dans mes os, compte l’écart avec les zébrures comme me l’avait enseigné mon père. 
Je revois son index rythmer les secondes sur le bord de la table de cuisine et m’expliquer la vitesse du son. Le papier peint éparpillait ses cerises au mur et j’avais dans mon allégresse fait chuter sans le vouloir ma jolie assiette au dessin naïf, celle avec le coq sur le tas de fumier comme un trésor. Drame d’enfance, parce qu’elle me parlait de la maison que nous avions quittée quelques mois plus tôt, celle où je suis revenue vivre il y a six ans presque, mais il n’y a plus de tas de fumier ni de biques à traire dans l’orangerie ni de canards de barbarie, et c’était long si vous saviez de ne pas savoir si j’y reviendrais vivre quand j’avais cinq ans, quand j’en avais vingt cinq.
Peut être est-ce grâce à lui que je n’en ai jamais eu peur, parce que j’en ai toujours été abritée, apprivoisée par ma capacité à égrener les secondes qui m’éloignaient de la foudre. 
Je devais avoir aussi cinq ans lors du premier orage qui m’a captée.  Je me souviens avoir contemplé, longtemps, seule, appuyée à la lucarne de l’escalier d’une maison de pierre sombre qui offrait à la vue un interminable moutonnement de vieux volcans. Le soir est tombé peu à peu, mais les vastes éclairs jetaient encore sur les forêts des instants de jour blanc, et ça tournait sans fin et c’était beau mes aïeux. En contrebas les voix joyeuses d’adultes tout à leurs retrouvailles, la guitare de mon père sans doute et sa voix grave sur les paroles de Brassens ou de Brel. 


Je ne vis pas un orage depuis sans sentir un instant l’appui de fenêtre et l’atmosphère douillette et cet émerveillement de petite fille déjà contemplative qui m’a sauvée tant et tant même quand je croyais sombrer.


Émerger

Dans le soleil du matin les câlins sont plus doux. Dans l’air du soir la route des collines l’est aussi;  l’hiver est si froid chez nous sans autre chauffage que le poêle à bois,  je préfère un temps passer par le village aux fenêtres chaleureuses, illusion réconfortante. Mais c’est derrière, et c’est devant pour cette fois, je n’ai plus allumé le soufflant de la douche depuis notre retour de Bretagne, il y a un petit mois. Étonnant le corps qui s’aguerrit de tout.
 Saveur du soir doux, des chants d’oiseaux qui se souhaitent la nuit sûre, de l’odeur discrète des narcisses et du vert irradiant de tout ce que mon oeil croise de végétal alentours. Dans le grand pré les boeufs sont de retour, le pesto d’ail des ours du jardin est parfait, mon nouveau lieu de travail est baigné de lumière, de lumière et d’un grand aplat de vert océan.


 Résolution

Rupture avec une mauvaise habitude familiale : m’accorder enfin de mettre une pièce à mon goût, cette nouvelle pièce où je passerai d’ici quelques heures le plus clair de mes semaines. 

Peu importe que je ne sache pas encore si j’y pose ma petite cargaison pour longtemps, peu importe le temps passé à manier les pinceaux. Il est temps de m’alléger enfin, épurer, renoncer vraiment aux bifurcations qui de toutes façons me rebutent et ne me sont pas nécessaires mais c’est si dur de ne plus avoir peur, affirmer cette professionnelle que je suis devenue, les chemins qui s’ouvrent…  Et puis à l’usage trouver comment rendre chaleureux ce nouveau lieu, pour qui viendra s’y poser. Joie, et trac, un peu, parce que c’est de moi en vrai que j’y glisse, plus sans doute que ces cinq dernières années. 

Aujourd’hui, vivre, c’est tout. Même si chez nous l’herbe se hausse et mouille les chevilles, et qu’il faudra y tailler des sentes, même si le potager reste en friche et ne pourvoira pas aux rouges salades estivales parce que l’indécision s’étire trop douloureusement pour Galant-homme, même si j’ai la frousse quelle que soit l’issue de ce tournant-là… 


Alors ce soir, même si fourbue, ne pas me fermer à cet éclat d’espièglerie de celui que j’aime, et commencer ce drôle de cabinet de curiosités par l’exposition de trois étranges trophées de famille au dessus du manteau de cheminée de la Grande Cuisine. Et, surtout, se réjouir d’avoir des​ vrais amis, qui ne s’offusqueront pas de dîner sous la dépouille d’un crocodile du Siam vieille de cent ans, les dents d’un requin-scie au moins aussi vieilles, et les paillettes d’une tête de chevreuil 100% plastique aux bois fleuris. 

Pendant ce temps-là, les fleurs de pêchers s’épanouissent, la chatte arlequine taquine les fourmis et bondit dans l’air bleu après les moucherons. Elle sait si bien, elle, vivre, c’est tout…


Confidence

L’église trappue, les visages connus, ceux qu’on affectionne. La photo d’elle toute jeune, comme elle était belle, et ces yeux rieurs, et ce sourire aux lèvres pleines, cet air audacieux. Suivre le corbillard à pied jusqu’au cimetière, l’air frisquet, serrer le châle de laine noire sur mes épaules, laisser voguer le regard au long des collines vertes où ondoient les ombres des nuages légers et les rayons doux du soleil. Trouver ça beau, sourire pour cette femme franche et chaleureuse, qui camouflait sous un humour piquant son regard tendre. Souvenirs de confidences au creux des fauteuils accueillants de la bibliothèque, certains soirs de grandes réunions de famille ; de points sur les i salvateurs qu’elle seule osait ; de petits gâteaux et d’encouragements mutuels ; de somptueux cadeaux de toile imprimée qu’il me reste à coudre et à porter… Elle ignorait la place unique qu’elle seule avait dans le cœur de ceux qui se sentaient un peu en dehors, et qu’elle voyait. 


Sous l’église, la maison d’une potière. Besoin de m’échapper un moment, comme souvent lors des grandes réunions de famille. Pour la première fois, j’ai osé m’avancer dans la cour grande ouverte, parsemée d’oiseaux et d’anges doux en porcelaine chamotée, pour jeter un œil à l’atelier à travers la baie. Pincée sur le fait ! Charmant accueil, visite des lieux, et invitation inattendue à venir tourner un peu de porcelaine pour voir, à ma prochaine visite… 

J’irai, malgré la timidité, malgré la peur de gâcher de la belle matière, avec au cœur l’image d’un sourire aux lèvres pleines, d’un regard rieur qui me soufflent d’avoir l’audace de vivre ce qui est offert.


Cueillette

J’ai cueilli sans l’avoir vu venir de ces fleurs impétueuses qui ne fanent jamais. Je croyais semer encore, naïve, et tout soudain dans le creux de ma main, en place des grains qui s’échappent, des brassées venues se nicher à jamais. En ces occasions un brin de grandiloquence est permis… Voyons plutôt!

Des larmes d’hommes qui ne pleurent pas, Madame. Qui arrosent seulement des trésors inouïs de l’eau pure de leur cœur.

Des embrassades d’humains qui se découvrent, se regardent vraiment et se reconnaissent comme si une autre vie leur revenait en écho.

Des larmes de femmes qui se parlent vrai depuis leurs entrailles, de plaies et de baumes.

Des mots d’amour et de monde sauvage, des bribes de tigre et d’impertinence.

Des virevoltes d’hommes et de femmes qui dansent ensemble une danse vivante, neuve et ancienne à la fois.

Des petits drames attendus qui révèlent leur vrai fond de sagesse sans lambiner; et des décisions profondes portées par une petite magie de l’instant.

Reliance, fluence disait-elle, celle qui rêvait de bercer le monde…

Il en reste quelques os de poulet mauves et des bocaux de légumes grillés; une fleur de pimprenelle sèche, pourpre encore, échappée d’une boutonnière; des bris d’ardoise tracés de lettres blanches qui s’égaient dans le jardin; une coquille d’œuf d’autruche toute vernissée avec deux trous modestes aux extrémités, et quand on y colle l’oreille on entend des éclats de rire; un hamac pour deux à pic pour en remplacer deux qui nous ont fait une frayeur, une petite roue de tricycle et un gilet tricoté, deux grelots chargés de sens et une marmite en tôle émaillée qui recèle le secret du bonheur conjugal; il en reste une jolie pile de jolis livres, des tintements cristallins aux vents du soir, des projets de thon à l’huile, de jus de concombre et de choucroute maison, des messages à jeter dans la mer du futur et d’autres à ressortir les jours bêtes pour se réchauffer l’âme; il en reste des clins d’œil de lucioles derrière les paupières perlées, et des bouquets de lavande sèche dans des chambres nues; un goût nouveau pour les tenues assorties et une audace neuve – un petit rien qui n’en était pas un pour tout le monde – porter des robes, et tranquillement même. Il en reste, encore, une couronne de fleurs fanées, des amitiés ravivées et d’autres naissantes peut-être, des envies de fjord et d’îles tourbeuses et nos deux annulaires fraîchement cerclés d’un beau filet d’or cuivré.


Un adieu.

Elle m’a dit qu’elle était heureuse. Qu’elle ne pouvait espérer plus doux que d’être entourée ainsi de ses petits enfants et de sa fille. De sentir: ma « bonne main douce », le doux agneau pelucheux  offert par ma sœur Taupe : « il me semble la voir quand je le regarde », les prévenances incessantes de sa fille, la Porteuse d’eau, les fleurs devant la fenêtre plantées discrètement par Galant homme…
Elle m’a dit, soyez heureux mes enfants, soyez heureux autant que moi maintenant. Elle n’a pas mentionné la douleur de ne plus voir son fils piégé dans des méandres de souffrance passée, elle a versé une larme seule pour son mari adulé parti dans l’oubli de lui-même il y a si longtemps déjà quand on est une épouse qui aime encore.

Je n’ai pas compris que c’était le moment, celui de lui dire ce qui restait à dire, ce qu’on garde avec trop de pudeur en croyant toujours que l’autre le sait bien déjà, va. La gratitude pour les dons.

Don d’une Cabane-des-filles à rideaux jaunes et toiles d’araignées obstinées ; don de recettes rigoureuses et simples, aux saveurs de l’enfance et  aux tours de main désuets; don de mots échappés du vieux parler d’ici qui roulent sur la langue et qu’on collectionne pour qu’ils ne tombent pas dans un passé sans nom; don d’histoires à rêver de bergère et d’ours et de coup de foudre dans l’encadrement d’une fenêtre, et encore de bals guinguette,  chapeaux élégants et pantoufles de satin vert, ou de bottines rouges mesurées à la longueur d’une baguette de coudrier, de galoches trop grandes pleines de la terre du labour à chaque fin de sillon, ces mêmes godillots cachés derrière le lavoir au bas des Ravinaux pour aller danser pied léger – c’est dire que les souliers ont eu leur importance; et encore d’autres histoires, de cannes de grand-père passée sous le lit chaque soir, de jardins de roses merveilleux, de petit poulet promené dans une carriole, d’abreuvoirs à vaches migratoires, de chutes de vélo sur les gadins de la grande côte pour trop d’empressement à rejoindre l’amoureux, et de chutes d’obus sur le pré où l’on aurait dû aller sans l’intuition d’un père,
d’émancipation parisienne, de journaliers effrayants et de lavandières crépues…

tant et tant d’histoires encore…

Don d’apaisement et de complicité, don de quatre ans de vie en ce lieu de ma plus puissante nostalgie.

Don ultime d’une bénédiction, et d’une mort douce et reliée qui a pris par la main la jeune fille en larmes qui menait le cheval de trait dont elle avait si peur tout le long des sillons du Carcat, en lui chuchotant aux ultimes heures, sa découverte: qu’elle pouvait s’en faire un ami, de ce bon gros Percheron sans méchanceté, et chanter désormais de ne plus se croire seule.

Je souris de penser qu’il te fallait une voix d’homme, une main d’homme pour dernière provision avant de te laisser partir dans l’oubli de toi-même, toi l’amoureuse irrésignée malgré les ans.

  C’est en partie de toi, d’à travers toi que je suis au monde. Je guérirai ce que je peux de ce qui reste à guérir, je chérirai ce qui m’est déjà guéri, sans cesser de m’étonner d’observer comment la vie relie Galant-homme à chacun de vous mes aïeux d’ici dans son tempo singulier.


Haïku beau comme…

Lumière dorée sur la falaise,
Le rideau se lève;
Lenteur du camion jaune.