Noirceur-nuit

Au mitan de la nuit m’éveiller, grincement vénérable du mécanisme à espagnolette de la haute porte-fenêtre, rosée sous les pieds. Appel de l’effraie, familier. Le décroissant de la lune accroche un sourire penché au noir du ciel. Des nuages minces charriés par un vent léger le voilent et le dévoilent, en innombrables nuances de lumière. Cadeau de nuit, bijou de ciel, merci insomnie…


Instincts

La chatte arlequine chasse assidûment. Elle rentre en frôlant les murs, jalouse de son précieux trophée, gueule serrée oeil méfiant. Elle se méfie de moi, qui lui confisque ses joujoux. Elle les accumule, ce soir en rentrant j’ai trouvé le sol de la cuisine jonché. Hier j’en ai même trouvé une sur le lit, toute flétrie. Quand l’automne s’en viendra vraiment sans doute elle nous en fera un édredon…

Des feuilles mortes. C’est tellement croquant sous la dent, aussi!


De saison ?

Une avidité à vivre me guette et me phagocyte depuis un âge incertain. Je crois en avoir pris conscience réellement, sincèrement, il y a bien peu. Avec l’idée démentie par Galant Homme que cette frénésie a débuté avec l’histoire des maudites tiques: une décennie de plus, au bas mot, dont il peut témoigner. Alors je tourne mon oeil intérieur vers la poupe et j’ausculte. Me reviennent les tiraillements, la douleur de renoncer au bon annoncé d’un côté pour privilégier le bon promis de l’autre. Choix impossible entre Pah Dom et ma porteuse d’eau. Choisir entre le bon partout, tout le temps, et le chagrin, le vide, l’isolement. Que d’illusions d’enfance enracinées, vivaces comme la ronce ou la renouée…
Apaiser ce rythme fou, faire de la place pour le rien, accepter de ne pouvoir au grand jamais suivre tous les chemins, humer l’eau de chaque fontaine, dénicher tous les dolmens.

Je cherche comment grandir…


Tombés du ciel

Un soir de juin, longueur des jours, air tiède enfin; voir surgir Galant Homme survolté, « viens voir, mais viens voir!! ». Sous les charmilles, folatres et craintifs, quatre chatons de moins d’un mois. Ramper entre herbes et moustiques pour les approcher d’un peu plus près, pas trop. Rentrer bras dessus bras dessous, sourire aux lèvres.

Les guetter pendant plusieurs jours sans jamais apercevoir de mère. Écouter les récits de Galant Homme: le thon sur lequel ils se sont jetés, et leurs quatre minois tout poissés comme illustration; la découverte du petit corps sans vie de l’un d’eux; l’apprivoisement des trois autres et la décision de les nourrir, de les protéger. La découverte d’une malformation cruelle chez l’un, l’insupportable idée de le regarder mourir de faim et de douleur, et pourtant la sensation étrange, comme indue, de décider de clore sa vie.
Les deux survivants de ce drôle de sauvetage, rapatriés à la cuisine, et surnommés Attila et Miss Maggie au bout de quatre jours mémorables qui ont conduit Galant Homme au bord de la crise de nerf pour la première fois depuis que je le connais.
Et puis l’adoption graduelle, réciproque, les rires devant la peur du chat aux yeux d’or, sa réassurance, sa prise en patte de l’éducation des deux souillons minuscules…
La quête d’une famille pour accueillir le petit roux joli, et le pincement au moment de son départ…
La recherche d’un nom pour la petite louloute qui fait désormais partie de notre vie, finalement tomber d’accord, au bout d’un mois quand même!
Et tant pis pour l’invasion de puces prévisible à notre retour de vacances, dans quinze jours malgré le traitement:
heureux d’avoir été trouvés…


L’armoire magique

C’était une armoire sans rien d’extraordinaire, datant des années cinquante, en bois massif et au poids à l’avenant, à trois portes dont une garnie d’un miroir piqué; une penderie rudimentaires, des étagères, un minuscule tiroir en plastique gris. Même pas jolie ou originale, en tout cas certainement pas assez pour hésiter à la hacher menu…

Elle avait été achetée d’occasion, déménagées au moins 5 fois, jusqu’à m’être donnée pour mon premier chez moi. J’avais en tête l’emplacement parfait, un renfoncement dans le couloir d’entrée. Je n’avais pas pris les mesures, sûre de mon coup, et nous l’avions hissée au 5ème étage sans ascenseur. Pah Dom et Galant-homme s’étaient démenés sans excessive rancœur pour la faire entrer en force: la triple épaisseur de tapisseries superposées gênait à la manœuvre. Mais c’était rentré. Sûre de mon coup, disais-je!

Plus tard j’avais fait faire un rideau, pour supprimer les portes qui empiétaient sur le bien maigre espace disponible, et fait fixer le miroir au mur entre la cuisine et le salon. Le terne tiroir gris, décidément dénué de profondeur, avait notablement modifié son karma en se réincarnant comme bac idéal pour la récupération des eaux de dégivrage du réfrigérateur, ou de vidange de la machine à laver.

Plus tard encore, Galant-homme avait apporté ses cartons, et nous avions appris à tirer parti des hauts plafonds, tapissant les murs de l’appartement minuscule jusqu’en haut pour gagner de la place et conjuguer nos activités communes. L’armoire avait fourni la matière première à de parfaites étagères pour le dressing de l’alcôve, ainsi qu’une sorte de pont sur mesures entre deux colonnes d’étagères pour nos bocaux, au dessus de la table de la cuisine;  et aussi des demi-étagères pour les formats poche afin d’optimiser notre bibliothèque puisque il faut bien conjuguer les impérieux besoins d’un forcené de la relecture, avec ma propre frénésie des romans en tomes multiples. C’est à partir de cette époque que certaines chutes commencèrent à endosser le rôle de cales pour tout ce qui en avait besoin, à la maison ou en atelier.

D’autres morceaux servirent, plus récemment et toujours sous les mains inventives de Galant-homme, à rénover la mignonnette caravane Eriba de son papa dont un pneu, en éclatant, avait commis à l’intérieur des dégâts considérables.

Après notre détestable expérience de l’hiver dernier (5 des saucissons suspendus à la poutre de la cave retrouvés endommagés par des souris à un retour de week-end prolongé), d »autres morceaux dont le pont de cuisine redevenu inutile avec notre déménagement, ont permis de finaliser le tant attendu séchoir à saucissons, qui servira aussi, cet été, pour les tomates Roma, les abricots, les pommes, et même les figues d’automne si le temps le permet. Un usage du séchoir électrique amoindri, cela ne se refuse pas, il tourne assez déjà pour la confection de cuirs et pâtes de fruits (fraises, coings, pommes), délices inspirés de Lilo et qui nécessitent une certaine continuité de séchage…

Sans doute reste-il des chutes, des coupes, des bouts, inépuisables trésors qui traînent à l’atelier et serviront un jour à Galant-homme, subitement indispensables à tel ou tel chantier. Je suis curieuse de voir quel secours inattendu cette armoire nous réserve encore!


L’abreuvoir

Indice…

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principal suspect…

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Flagrant délit…

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Reconnu coupable!


Sur le tableau noir du trottoir…

ou de l’avantage d’avoir un stock de craies géantes et de liquide à bulles…

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P1020541_v2Pauline et Valentin, ébahis d’avoir le droit de dessiner ce qu’ils voulaient, tout le long des marches du parterre, sans restrictions. A la fin, il n’y avait plus de vert: « tu en rachètes pour la prochaine fois, hein! » m’a intimé Valentin, réjoui.

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Fournée de l’année

Cconfectionnés en février, les saucissons à cuire patientent au congélateur – une partie dans de l’eau plate, l’autre dans du thé Lapsang Souchong bien infusé pour de faux airs de saucisse fumée-, les saucisses sèches sont prêtes à déguster. Ultra poivrées spécial chat dans la gorge: nous avions épuisé nos réserves de poivre de Kampot, plus subtil et moins piquant, mais n’avons pas pensé à adapter les quantités à du poivre ordinaire, ça grattouille parfois le gosier! Le reste sèche lentement à la cave, sous le couvert d’une belle fleur blanche et bleutée – moisissures alliées…

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A l’étuvage, juste après confection mi-février, saucisses à cuire nature ou au chou, saucissons, saucisses sèches et chorizos en deux formats, qu’ont rejoint un peu plus tard des saucisses sèches de cheval. Nous avons découvert l’efficacité silencieuse de la machine à piston, embosseuse prêtée par les frères bûcherons, parade idéale au farcissage (lorsque le gras fond à l’embossage, produisant une texture « rillette » indésirable).

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Chorizo parfumé grâce au piment colombien de l’homme-taupe, saucisse de cheval noire comme de la viande des grisons et très à la mode malgré nous.

Galant-homme a réalisé un magnifique séchoir pour nous préserver des appétits des souris, à partir d’une petite étagère à deux sous, de croisillons suédois, des abatis d’une armoire magique, d’un grillage à maille fine, et de cogitations fertiles.

Il me reste à ajuster un volant à croquet confectionné pour notre étagère de cuisine elle aussi issue de l’armoire magique (à suivre) du temps de notre studio urbain plein comme l’œuf, pour parachever l’ouvrage…


Même les lichens fleurissent.

Chez eux la table est bonne, la compagnie douce et les heures légères.

Le vieux mur avait été gratté par le maçon chargé de sceller les moellons branlants. Alliés du petit peuple des pierres sèches ils ont improvisé une friction avec des poignées de terre. L’ensemencement a bien voulu prendre. La profusion des minuscules fougères, de sedums opiniâtres et de mousses moelleuses est revenue. En musardant au gré de leur jardin j’ai fait une découverte. Même les lichens fleurissent.

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Les bons côtés du froid humide…

…c’est qu’on rallume le poêle à bois et qu’on se prend d’envies réconfortantes qui n’attendent pas.

Les premières, et sans doute dernières gaufres de la saison, selon l’excellente recette de pâte de Lilo qui présente l’avantage incomparable de ne pas attacher même à la première fournée.

Cuites au moule ancien chiné aux Puces du Canal pour retrouver mes souvenirs de petite fille, sur le poêle bien chaud, et nappées de confiture de poires aux noix caramélisées (maison), de pâte à tartiner chocolat-noisettes pétillante, ou nature, encore tièdes, croustillantes au dehors et moelleuses dedans comme je les préfère…

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